[voter avec la main ou les pieds?]
Dans mon billet précédent, j’ai eu l’occasion de discuter d’une façon générale de l’impact qu’ont les migrants sur leur pays d’origine malgré leur absence du territoire. Dans ce nouvel article, j’aimerais maintenant me tourner précisément vers la question de l’impact politique des migrants sur le pays d’origine.
Qu’il s’agisse du soutien à un parti politique, d’une contribution au financement d’une campagne électorale, de la participation à une association active dans la protection des droits de l’homme ou encore de l’exercice du droit de vote par voie postale ou à l’ambassade, ces activités politiques des migrants visant à influencer le champ politique de leur pays d’origine sont aujourd’hui connues dans le milieu scientifique en tant qu’activités politiques transnationales. Comme je l’ai dit précédemment au sujet des pratiques économiques, sociales ou religieuses, l’implication politique du migrant dans son pays d’origine n’est pas neuve. Les historiens nous rappellent, en effet, que les Italiens vivant en France au 18e et 19e siècle ont joué un rôle important de le processus de construction de la nation italienne. De même, durant la seconde moitié du 19e siècle, les Irlandais vivant aux Etats-Unis n’essayaient-ils pas d’encourager un conflit armé entre leur pays de résidence et le Royaume-Uni dans le cadre de leur lutte à distance pour une Irlande indépendante.
Aujourd’hui, les exemples les plus connus d’impact politique des migrants sur le pays d’origine tendent à présenter les migrants comme des lobbies qui agissent auprès des autorités de leur pays de résidence dans l’espoir que celles-ci prennent des mesures en faveur de leur pays d’origine (ou en défaveur dans le cas des exilés). Il s’agit, par exemple, de la communauté cubaine établie aux Etats-Unis qui, par son organisation en lobby dans le Sud de la Floride et la pression qu’il exerce sur le Congrès des Etats-Unis, a contribué de façon décisive au maintien de l’embargo sur Cuba. En Europe, les migrants kurdes n’hésitent pas à faire pression sur les autorités européennes dans l’espoir d’obtenir leur soutien au combat politique qu’ils mènent. En réponse, les autorités turques font appel à leur importante population résidant en Europe pour influer sur la position des gouvernements européens quant à l’adhésion de la Turquie à l’UE.
L’exemple turc illustre d’ailleurs une tendance relativement récente dans les relations entre émigrés et autorités du pays d’origine et qui consistent pour ces dernières à mettre en place une série de politiques publiques visant à renforcer les liens avec leur population à l’étranger. De cette manière, on assiste aujourd’hui à une plus grande acceptation de la double nationalité, au développement de programmes favorisant l’investissement des migrants dans le pays d’origine ou encore à l’adoption de législations autorisant les migrants à voter aux élections du pays d’origine depuis l’extérieur.
Le droit de vote des migrants dans le pays d’origine (que l’on appellera droit de vote à l’extérieur pour plus de facilité) est incontestablement l’une des politiques qui s’est le plus fortement développée au cours des dernières années. Bien qu’il existe souvent des restrictions à l’exercice de ce droit (par exemple : limitation aux citoyens ayant quitté le pays depuis moins de 10 ans), pas moins de 115 pays reconnaissent aujourd’hui une certaine forme de vote depuis l’extérieur. Le sujet est d’ailleurs d’une actualité brûlante dans de nombreux parlements à l’heure actuelle. Rien que depuis le début de l’année 2009 : la Bolivie et le Chili sont sur leur point d’autoriser le droit de vote à l’extérieur et le Brésil et la France sont en train de mettre sur pied un système de représentation spécifique pour les émigrés afin de leur permettre d’élire directement des émigrés –comme eux- qui les représenteront au Parlement. Par ailleurs, la Belgique envisageait la semaine dernière une série de réformes concernant le droit de vote de ses citoyens vivant à l’extérieur alors que les autorités marocaines organisaient il y a trois mois une conférence internationale sur le sujet.
On le voit, la question du droit de vote à distance est une préoccupation pour de nombreux états. Différents facteurs peuvent expliquer le développement du droit de vote à distance mais il s’agit de souligner qu’il est important aujourd’hui pour les états d’origine de maintenir un lien avec leur population à l’étranger puisque celle-ci (comme nous l’avons vu dans le billet précédent) est une source de revenus importante et peut, en outre, contribuer à ouvrir des marchés à l’extérieur. En octroyant le droit de vote à distance, les états tentent donc de stimuler la loyauté de leur population à l’étranger.
Au-delà du développement des mécanismes de vote à l’extérieur, l’exercice réel de ce droit offre une image contrastée. En effet, si des pays comme le Pérou, l’Italie ou la Belgique voient leur population à l’extérieur participer en nombre lors des élections, ce taux est incroyablement bas dans de nombreux autres cas. On peut dès lors légitimement se poser la question de l’intérêt des émigrés à continuer de voter dans le pays d’origine. Autrement dit, les citoyens ayant quitté le pays, n’ont-il pas montré avec leurs pieds leur souhait de ne plus participer à la vie citoyenne de leur pays d’origine ?
Cette analyse semble aujourd’hui erronée dans de nombreux cas. En effet, avec le développement des technologies de la communication et du transport, nombre de migrants sont désormais désireux d’exercer des droits politiques dans différents espaces en raison de leur présence partagée entre ces états. Ensuite, la faible participation aux élections depuis l’extérieur s’explique parfois par les lourdeurs administratives attachées à l’exercice de ce vote. Enfin, les migrants ont parfois quitté le pays dans un contexte (non-démocratique) où l’exercice du droit n’avait qu’une valeur de légitimation du régime en place. Pour ceux-là, exercer le droit de vote à distance dans le pays d’origine a très peu d’importance mais leur participation politique dans le pays d’origine se matérialisera sous d’autres formes (exemple, à travers les associations). Bien entendu, ces différents éléments n’empêchent pas que certains migrants ne souhaitent plus s’impliquer politiquement dans le pays d’origine soit parce qu’ils se sentent désinformés ou parce qu’ils privilégient l’implication dans le pays de résidence.
Tous les éléments de ce dernier paragraphe mériteraient à eux seuls un billet complet. J’y reviendrai donc régulièrement. A ce stade, afin de ne pas alourdir mon propos et d’illustrer plus clairement les enjeux de la participation politique à distance, je vous invite plutôt à lire ICI l’article paru récemment dans « Imagine » et reprenant certains de mes propos à ce sujet.
A suivre : Due pesi e due misure

Jean-Michel, c’est une plaisier de lit ce que t’ai escribé! J’ai comprondé seulement l’autre des deux mots. Si tu va voir mon Francais a desgusté mais c’est formidable de relire la langue après 13 ans! Bonne chance, et debuter par aimer la vie!
Ton copain
Jürgen
Thanks! It seems that google-translation has still some progress to make… JM
Believe it or not but I didn’t use any translator for that!
Am quite disappointed now that you think that and that you think so lowly of Google Translator.
I’ve actually spent fifteen minutes to fetch out what’s left of my old school French. Pretty poor indeed.
Never mind, your rusty French is still far better than my German.
jm